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A Ascq, Paul
Delécluse a d'abord rejoint le réseau de renseignement "Alliance".
Il est également proche du réseau socialiste "Libé
Nord". ![]() Exemple de sabotage de voie ferrée à l'aide d'une charge explosive. Paul Delécluse
et ses camarades cheminots savaient que le sabotage d'un aiguillage était
plus efficace.Son remplacement devait retarder plus longtemps le trafic.
La 12ème division blindée " Hitlerjugend ", récemment formée de jeunes nazis fanatisés, a été entraînée en Belgique. Elle a reçu l'ordre de Hitler de renforcer la défense de la Manche. Le premier convoi transportant des blindés légers est commandée par le lieutenant Hauck, âgé de 26 ans. Il a sous ses ordres 400 hommes dont les plus jeunes ont 17 ans.
Ils
se rendent en Normandie. Ils ont reçu les
ordres du général Speerle, commandant en chef des troupes allemandes de
l'Ouest concernant la lutte contre les "terroristes" : "En premier
lieu, il faut riposter par les armes (si des innocents sont victimes,
c'est regrettable, mais c'est la faute des terroristes). Aussitôt,
il faut cerner le lieu de l'attentat et contrôler les civils sans distinction.
Il faut immédiatement incendier les habitations d'où sont partis les coups
de feu..." A la frontière
de Baisieux, le lieutenant Hauck décide de faire passer son train militaire
après l'express Bruxelles-Lille. Son convoi remplace un train de marchandises
qui est annoncé pour 22h44 en gare d'Ascq.
Le convoi allemand entre à petite vitesse en gare d'Ascq. Une explosion
se produit au passage de la locomotive. La machine s'immobilise face à
la cabine d'aiguillage près du passage à niveau de la rue principale du
village (rue Gaston Baratte). Trois wagons chargés de véhicules
légers sont sortis des rails. Les dégâts sont minimes, mais le convoi
est bloqué. Un quart d'heure après l'explosion, le lieutenant Hauck rassemble
une partie des hommes de la division Hitlerjugend.
Les ordres sont stricts, les consignes du général Speerle en cas d'événements
spéciaux sont appliquées. Les SS divisés
en commandos sont chargés de rassembler la population du village sur la
voie ferrée. Des hommes, des voisins, encadrés de SS passent dans la rue, certains en pantoufles, d'autres pieds nus, quelques uns sont encore en pyjama, d'autres ont eu le temps d'enfiler un pantalon ou un pardessus. Certains ont été frappés, battus. D'autres, qu'on découvrira le lendemain, ont été abattus dans la rue. L'abbé Gilleron et les réfugiés d'Hellemmes qu'il hébergeait ont été fusillés dans le presbytère. Quant à l'abbé Cousin, le jeune et dynamique vicaire, il a été massacré dans la rue parce qu'il voulait empêcher les SS de battre son voisin. Malgré la confusion, les hommes marchent vers le lieu de rassemblement qui leur a été signifié. Les jeunes SS leur ont dit qu'ils étaient réquisitionnés pour la réparation de la voie ferrée. La conscience tranquille, ils ne songent pas à profiter de l'obscurité pour se cacher dans les nombreuses ruelles d'Ascq. Ce sont des civils innocents.
A la gare, Hauck malmène Monsieur Carré, le chef de gare et Elie Derache, le facteur enregistrant. Après avoir tiré sur eux, il les laisse pour morts. De retour au passage à niveau, il ordonne les exécutions. Un premier peloton d'hommes et de femmes venant des abords de la voie ferrée est poussé à coups de crosses de fusils vers le lieu d'exécution. Les SS abattent les hommes les uns après les autres et renvoient les femmes. Un second puis un troisième pelotons sont amenés le long de la voie. Aux ordres, les fusils et les mitrailleuses fusillent les Ascquois. Un gradé achève d'un coup de revolver les mourants qui gisent à terre. Quelques hommes pourtant réchapperont du massacre. Certains ont essayé de s'enfuir à la faveur de l'obscurité. Mais le lieutenant Hauck a chargé un commando d'abattre les fuyards à revers depuis une maison isolée, la maison Roseau. Un quatrième peloton d'une quarantaine d'hommes comprend le maire d'Ascq. Il parlemente en allemand au passage à niveau. Les coups de sifflet de la Feldgendarmerie font cesser les tirs. Les représailles des SS de la 12ème SS Hitlerjugend s'arrêtent. Les soldats de la Wehrmacht, détachés à Ascq depuis le début de la guerre, ont essuyé les tirs des SS. Mais ils ont pu prévenir les autorités supérieures allemandes à Lille. Le facteur enregistrant de la gare d'Ascq, Elie Derache, a aussi sans cesse télégraphié à Lille pour demander du secours. La Feldgendarmerie arrivée sur place a pu limiter la répression militaire. Cependant, 86 civils ont péri, quelques uns étaient des résistants, d'autres pas. Le matin des Rameaux, les Ascquois découvrent l'ampleur du massacre. Malgré le blocus du village par l'occupant, la nouvelle se transmet rapidement dans la métropole lilloise. L'Oberfeldkommandant de Lille, le général Bertram, veut publier un "Avis" qui accuse les Ascquois. Les journalistes refusent de le faire paraître. Ils y sont contraints par la force. Le "Réveil du Nord" publie dans la rubrique "état civil" la liste des 86 noms des fusillés d'Ascq. Pierre Briet avait 75 ans, Jean Roques, 15 ans à peine. La rumeur du massacre provoque une profonde émotion dans la région.
Une foule énorme,
15 à 20 000 personnes, témoigne sa sympathie
aux victimes, aux veuves et aux orphelins lors des funérailles, le 5
avril. Le tribunal militaire allemand les condamne à mort. La peine de Mademoiselle Jeanne Cools est transformée en détention à perpétuité. Le 7 juin 1944, les six résistants d'Ascq sont fusillés au Fort de Seclin. C'était le lendemain du Débarquement de Normandie.
Les Alliés, après un second débarquement, libèrent le pays avec l'aide des résistants. Ascq est libéré le 3 septembre 1944 par les troupes britanniques. Mais il faut attendre le 8 mai 1945 pour que l'Allemagne nazie capitule... |