«C’est beaucoup plus stressant, explique la professionnelle de santé. Il faut prendre encore plus de précautions, même si nous en prenions déjà beaucoup auparavant. Chaque patient a le droit d’être protégé… »

Certaines pathologies nécessitent trois ou quatre passages quotidiens, les infirmiers sont la seule profession à être tenue à la continuité des soins, 24 heures sur 24 et 7 jours sur sept.

Pas question pour elle de s’acquitter des soins sans surblouse, sans surchaussures, sans gants, sans masque, ni de risquer de ramener la «bestiole» à la maison… «J’ai pu compter sur la solidarité de mes patients et d’entreprises locales, qui m’ont offert des masques, du gel hydroalcoolique. Ça fait chaud au cœur de voir que nous ne sommes pas seuls ! Mais là, j’arrive au bout de mes stocks de surblouses ; alors je vais fabriquer ce week-end, avec du voile d’hivernage et, une fois encore, l’aide de petites mains bienveillantes… ! »

Avec souvent la boule au ventre, Virginie assure donc quotidiennement ses visites… et bien plus. Car la pandémie induit également le maintien à domicile de certains patients en fin de vie, qui auraient dû être hospitalisés. «Nous sommes formés et habitués aux soins palliatifs, bien sûr. Mais lorsque la famille n’est pas prête, c’est difficile. Comment fermer la porte le soir, partir, les laisser, alors que la détresse est manifeste… ? »
Attentive toujours, la jeune femme sait aussi combien il est risqué, pour ses patients les plus âgés, de mettre le nez dehors : «Mon mari se charge de faire leurs courses, je leur ramène, ainsi que le pain, afin que chacun reste bien protégé chez soi. »

Alors, lorsqu’elle croise, au cours de ses tournées, les mêmes promeneurs qui sortent leur chien quinze fois par jour, se rendent au supermarché toutes les cinq minutes (et ce n’est pas forcément dans les quartiers les moins favorisés), la moutarde lui monte -un peu- au nez : «Restez chez vous, bon sang ! On ne va pas y arriver, sinon. Ce virus ne touche pas que les autres, il peut vous tomber dessus sans crier gare. Nous on gère, mais aidez-nous et respectez le confinement ! ».