Mais ce pourrait être Sélim, Jean-Claude, Nadia, Simon, Françoise…

Le confinement, il ne connaît presque pas, puisqu’il travaille dans une entreprise agroalimentaire encore en activité. Il y installe et répare les grosses machines qui fabriquent ces friandises que les enfants ne pourront peut-être pas dénicher cette année à Pâques dans les jardins…

Après sa journée de travail, démarrée à 5h, il fait le ménage, s’occupe du jardin et des mille et un petits travaux indispensables dans une maison.

Lorsque le gouvernement a imposé à tous l’enfermement, lorsque les premiers décès ont été annoncés en boucle dans les médias, il n’a pas hésité longtemps, Didier.

Il a pensé très fort à ces deux couples de nonagénaires handicapés, près de chez lui, déjà ralentis dans leurs mouvements et aujourd’hui exposés à cette vilaine et exotique maladie.

Des gants de Schtroumpf en plastique bleu aux mains, un masque périmé depuis 2017 sur le nez et la bouche, il est allé sonner chez ses voisins et leur a proposé de faire leurs courses, tout bêtement.

Une fois par semaine, toujours muni de son attirail préventif, il s’acquitte des emplettes pour trois foyers dans un hypermarché aux allures de train fantôme. L’indispensable, les packs d’eau, le pain, les produits de toilette, mais aussi tout ce qui fait le sel de la vie, la petite bière de l’un, les fruits frais de l’autre, le magazine qui fait rêver, le journal de mots croisés...

Et même s’il grogne un peu devant le monceau de courses à manutentionner, se perd dans les tickets de caisse, doit parfois appeler les uns ou les autres pour se faire préciser la marque du fromage demandé, il trouve cela très normal, Didier.

Parce que cela se fait, tout simplement. Et que sans être un super héros, comme tous ces anonymes qui pratiquent l’entraide au quotidien et sans publicité, il sait, lui, que comme dans le conte «Un Songe», de Sully Prud’homme, «Nul ne peut se vanter de se passer des hommes... ».